visites

 

Lundi 20 août à 20h00 St Quentin en Yvelines. Le départ va être donné. Il ne pleut pas, mais de gros nuages noirs sont au dessus de nous. Le départ de 20h00 (délai 80 heures) se fera en trois vagues de 500 cyclos environ. Nous sommes deux du Cyclo Club St Péray dans la seconde vague : Jean Louis Gygax et moi . Nous partons à 20h15. Les 3900 restants (84 et 90 heures) partiront plus tard dans la nuit.
D’ entrée le ton est donné : ça part très vite, comme sur toutes les cyclosportives, sauf que là on part pour plus de 1220 km . J’entendrai plus tard que certains ont fait plus de 40 km la première heure. Moi, je pars tranquille car c’est dangereux, rétrécissement de chaussée,voitures garées, passages pavés. C’est sur un passage pavé que je tombe déjà une lampe et je dois m’ arrêter. Puis la nuit tombe et dans le peloton déjà bien étiré chacun prend son rythme . Dans le noir, je fais des rencontres avec qui je discute, ce qui permet de trouver le temps moins long. Il ne pleut pas . On dit qu’on s’en sort bien …
Premier arrêt à Mortagne au Perche. Pas de contrôle, mais un ravitaillement. Je prends de l’ eau. Ici, Jean Louis doit faire changer son dérailleur arrière cassé.
J’arrive au contrôle de Villaines la Juhel vers 5h30. Vers le lever du jour, alors que nous sommes encore en Mayenne, la pluie commence à tomber, crachin.
Puis c’est l’arrivée en Bretagne . Deuxième contrôle à Fougères vers 9h30 . J’espérais voir le château, mais nous ne sommes pas passés à côté.
Vers midi, j’ arrive à Tinténiac . La pluie est de plus en plus forte et je commence à maudire cette épreuve. Je me dis qu’on ne m’y verra plus : montée-descente, montée-descente sans arrêt plus la flotte . Je traîne ma misère jusqu’ à Loudéac km 445 où j’ arrive vers 17h00 .
En plus de la pluie, un vent violent tourbillonne, ce qui accentue la sensation de froid .
A Corlay , 35 km plus loin, un contrôle secret nous attend pour éviter la tricherie.
Avant Carhaix, je croise le peloton des premiers qui est déjà en train de revenir.
J’arrive à Carhaix vers 21h30 . J’ai fait plus de 520 km . Je retrouve Jean Louis arrivé avant moi. Avec ses accompagnateurs, nous allons manger dans un restaurant, mais ça ne passe pas.
Nous allons dormir ici. Après avoir préparé nos affaires pour le lendemain il est minuit quand nous nous mettons au lit. Réveil à 4h00. C’est vers 5h00 que nous reprenons la route. Je pense qu’on a fait un arrêt trop long.
Maintenant il va falloir monter au point culminant de PBP : le col de Trevezel 344 m. Puis direction Brest où j’ arrive sous le soleil vers 9h30 .
Le soleil ! On y croyait plus . Je prends une photo de la rade .Au contrôle de Brest je suis interpellé par un Breton : » St Péray, y a du bon vin là bas » : un connaisseur .. …
Demi tour . J’ai 610 bornes dans les jambes. Je croise des milliers de cyclos qui sont partis après nous.Je vois de drôles d’ engins . Il y a même des voitures à pédales .
Jean louis a filé car il grimpe mieux que moi .
Je suis content d’ être seul car j’ai une idée dans la tête depuis longtemps . Je repasse le col Trevezel, puis peu après je quitte le parcours pour aller chercher le col de Tredudon (361 m) distant d’1 km . Membre du Clu des Cent Cols, je n’aurais pas voulu passer si près sans ajouter ce col à ma collection.
Puis c’est une belle descente vers Carhaix . Mais un grand vent du nord s’est levé amenant des nuages . Et la pluie qui nous avait oubliés depuis le matin refait son apparition.
Vers 15 h00, j’ arrive à Carhaix où Jean Louis est passé depuis une heure . Lui, il pédale, il ne chasse pas les cols, ni ne prend pas de photo. Vu les conditions météo, je ne fais plus la course au chronomètre . Mon objectif est de terminer en bon état.
A 19h00, je suis à Loudéac . Je change de tenue, mange un sandwich préparé par Odette, l'épouse de Jean Louis et prend tout ce qu’ il me faut pour affronter la troisième nuit que j’ espère être la dernière. Plus loin, un autre contrôle secret à Illifaut. J’ y trouve un autre breton amateur de vins des Côtes du Rhône . La nuit est tombée pour la troisième fois et la pluie aussi (fine) . J’apprends qu’il y a eu 1500 abandons le mardi, principalement dus aux conditions climatiques .
J’ arrive au contrôle de Tinténiac (860 km) à 23h30 . On me dit que environ 1000 cyclos sont passés.
Je change mes piles, remplis mes bidons, ce qui me fait repartir vers minuit .On est donc jeudi matin . Il me reste un peu plus de 350 km à parcourir . J’ espère y arriver avant la nuit prochaine.
Pas plus tôt reparti, c’est un déluge qui s’abat sur moi . Que faire à minuit seul sur un vélo, sous une pluie diluvienne ? J’aperçois la silhouette d’un saule . Je m’ approche pensant trouver un abri. Là il y a un camping-car squattant une propriété privée. Ce sont deux cyclos et leur assistance . Ils me proposent leur abri . Ils vont dormir une heure ou deux pendant qu’il pleut fort. Je m’assois sur une chaise et les deux gaillards se couchent sur des lits de camp.
Moi sur ma  chaise j’écoute pleuvoir, et la pluie me berce. Je m’endors sur ma  chaise . Parfois je suis réveillé par un courant d’air glacial. Je grelotte. Je suis trempé comme un rat et je n’ai plus rien à me mettre de sec. Si je ne chope pas la crève …Puis j’entend que la pluie baisse d’ intensité . Vite, je remercie mon hote puis je saute sur mon vélo. Il ne faut pas réfléchir, il faut rouler. Je regarde l’ heure avec ma lampe frontale. Il est 2h 15. J’ai dû dormir un bon moment.
Il pleut toujours quand j’ arrive à Fougères à 5h00 . Plus loin le jour se lève et je fais connaissance avec d’autres cyclos. On se réconforte mutuellement.
Je suis rejoint par des têtes connues : les deux grenoblois Patrick et Jean Paul que j’ai connus aux brevets qualificatifs. On approche de Villaines la Juhel . La pluie redouble .(je me répète, mais c’est comme ça !) Avant Villaines une bonne côte à grimper et je vois que mon pneu arrière se dégonfle. Il me manquait plus que ça ! Je répare sous la pluie avec mes doigts qui commencent à ne plus fonctionner, engourdissement dû à la position sur le guidon.
J’arrive à Villaine à 10h41. Accueil triomphal pour tous les cyclos avec speaker et beaucoup de monde. Je suis vilain (à Villaines) tout trempé . Un journaliste prend plaisir à me photographier . Je pointe, puis je vais me renseigner sur la position du n° 13, notre ami Jean Louis.
On me dit qu’il est passé, il y a peu de temps. Je me prépare à repartir quand j’entends mon nom : c’est Jean Louis. Il m’ attend car il a une sérieux conjonctivite et des problèmes de vue.
Nous repartons ensemble sous les applaudissements et le speaker qui crie : « allez, les ardéchois » …. Nous nous dirigeons maintenant vers le Perche et c’est pas la joie.
Des lignes droites qui montent, descendent, montent, etc…Jean Louis qui a retrouvé la vue grâce à un pharmacien a filé. Comme ça je peux monter les côtes tranquillement. J’ai 1100 km dans les cannes et dans les montées ça brûle les cuisses . J’arrive à Mortagne à bout de forces. Je pointe, prends de l’eau et repars illico car il est 16h00 et je commence à envisager une arrivée tardive. J’ai l’ impression de partir dans un CLM . Couché sur le vélo, je roule assez vite (un coup de nerfs), mais ça ne dure pas et bientôt je roule à 15 à l’ heure.
Tout le monde me double. J’ai un sacré coup de bambou. Tout à coup un cyclo me crie : »ton copain de St Péray est derrière, il a dit que tu l’attendes » Alors là, j’y comprends plus rien. Je le croyais loin devant ! La fin du parcours pour aller à Dreux et plate, mais je dépasse à peine le 20 à l’ heure . Je suis de plus en plus cuit .
J’arrive à Dreux à 20h00, mais je suis tellement fatigué que je perds la notion du temps. Je pense être presque arrivé. Je mange deux sandwiches pour me retaper avec un demi.
Cela fait trois jours que je n’ai pas fait de repas et je pense que c’est un tort. J’essaye en vain d’avoir des nouvelles de Jean Louis . Il est arrivé à Mortagne avant moi, mais n’a pas l’air d’ être reparti. A 21 heures, je me décide à partir sans l’avoir revu. Il va faire nuit et il y a encore 70 km à faire. Les plus dûrs ! Cette dernière étape est un cauchemar . J’ai cassé ma grosse lampe, la petite n’éclaire plus rien , la frontale guère plus . Vers Montfort Lamaury, j’ai l’impression de tourner dans un labyrinthe . Je passe plusieurs fois au même endroit, ça monte, ça descend, on passe des ponts . J’ai l’impression de ne plus avoir ma raison.
Je profite du passages de groupes pour essayer de les suivre ; italiens, allemands, américains,canadiens, japonais, tout y passe mais ils vont trop vite pour moi et je retrouve à chaque fois seul dans le noir. Après plusieurs heures, je trouve enfin un panneau indiquant Trappes : ça sent l’ arrivée.
On nous fait tourner encore un peu puis voilà l’entrée du Gymnase des Droits de l’Homme ;
Enfin ! il est 2h50 . J’ai mis presque six heures pour faire 70 km. A l’arrivée je trouve Odette et ses amis qui l’ accompagnent . Ils sont sans nouvelles de Jean Louis . Il arrive enfin à 3h14 . Son PBP sera validé, mais cela aura été chaud. Il reste 45 minutes.
Il nous apprend qu’il a dormi à Mortagne et à Dreux pour soulager ses yeux fatigués.
Moi aussi je suis dans un sale état : j’ai les pieds enflés, tout blancs . Je ne peux plus bouger les doigts, mes mains sont comme paralysées. Et j’ai mal partout .
Content d' en avoir terminé. J' ai 1251 km au compteur .

Brest sous le soleil